Monday, February 28, 2011

RIP Fadoua Laroui


Fadoua Laroui avait-elle entendu parler de Mohamed Bouazizi? On peut présumer que oui, tant ce mode d’expression contre l’injustice (l’immolation), bien que le Maroc en soit en réalité un précurseur, est tout de même assez nouveau pour la société et choque les esprits par sa radicalité. Supportait-elle les manifestations du 20 février et les revendications pour une constitution démocratique? Il est permis d’en douter. Le peu d’éducation qu’elle reçut en fréquentant brièvement les bancs de cette épave qu’est l’école publique marocaine ne la préparait probablement pas à ce genre de ‘’débat d’intellectuels’’. Et puis, elle n’en avait tout simplement pas le temps. À l’échelle des besoins humains, les siens étaient d’un ordre plutôt ‘’basiques’’ que l’on croyait dans toute société humaine où la solidarité devrait être organisée acquis. Elle devait, mère célibataire qu’elle était, élever deux enfants, les nourrir, leur trouver un toit. L’État en décida autrement et précipita sa disparition en lui refusant un droit des plus élémentaires, celui d’avoir un toit décent pour elle et ses enfants. En réalité, Fadoua Laroui, nous a quittés avec des stigmates multiples qui s’ajouterons à ses horribles brûlures : celui d’un État répressif qui érigeât la corruption et le népotisme en un système presque perfectionné; celui d’une société impitoyable pour les femmes en générale, et encore plus pour celles qui auraient le malheur d’enfanter en dehors du mariage; et enfin celui auquel nous contribuons tous, ce mâle qui l’abandonna à son sort, nous tous qui contribuons par notre silence et nos compromissions à ce que ce système perdure.

D’aucuns ne verront dans le geste de Fadoua qu’une détresse psychologique qui se manifeste de manière extrême. D’autres, avec beaucoup moins de scrupules et une totale absence d’empathie, n’y verront que l’acte d’une femme dont les mœurs ne lui font mériter la moindre sympathie. Mais le geste de Fadoua est une action éminemment politique, et c’est en cela qu’il appelle une action collective tout aussi politique. Elle aurait en effet pu se résigner à son triste sort qu’elle partage avec tant d’autres, mais elle a refusé. Elle a cru au système et emprunté ses multiples labyrinthes pour en être brutalement éjectée. Elle aurait pu exprimer sa détresse autrement, mais choisit de confronter par son arme ultime, son corps, ce système injuste et ce devant sa manifestation la plus inhumaine et la plus kafkaïenne (les locaux des autorités locales et centrales au Maroc, pour ceux qui eurent le bonheur de ne pas avoir à les fréquenter sont des bâtiments où la dignité humaine de ceux qui n’ont pas la chance de faire jouer leur position sociale, leurs réseaux ou leurs portefeuilles, est quotidiennement bafouée). Elle se sacrifia non pas dans l’anonymat, mais pour nous faire tous prendre conscience de l’injustice que nous perpétuons tous en nous taisant. C’est en cela que son geste a une profonde portée politique, et le rapporter et le diffuser ne relève aucunement de la réccupération politique d'un drame humain.

La macabre vidéo de l’immolation de Fadoua ( voir la vidéo ici – attention images très choquantes), pourrait servir de parfaite métaphore à ce système que nous nous devons de combattre et de détruire : Une bonne partie de la population sans voix ou incapable de se faire entendre, acculée aux plus extrêmes formes d’expression. Un pouvoir indifférent à la misère qu’il contribue à créer, insensible, sourd, plus intéressé par le maintien d’un ordre injuste qu’à porter secours aux plus vulnérables. Sans le savoir probablement, le policier sur la vidéo résume par son attitude tout ce qui est détestable au Makhzen. Enfin, les cris d’impuissance de la dame sur la vidéo schématise notre état de société indifférente à la misère des autres du moment que son spectacle ne lui est pas infligé, incapable de questionner le pouvoir sur son action ou son inaction, simple spectatrice ahurie de son sort collectif.

On en vient au lien entre cet acte de sacrifice et le débat qu’ont lancé les manifestations du 20 février. La constitution démocratique ne donnera évidement pas du jour au lendemain un toit et une vie décente à toutes les Fadoua de notre société. Elle donnera cependant à ces personnes et à nous tous la dignité de choisir nos gouvernants et de les tenir comptables de leurs actes. La misère est en soit assez insupportable pour qu’on y ajoute l’humiliation de la servitude institutionnalisée. Elle nous permettra enfin de commencer à bâtir des institutions justes qui remplaceront les caprices et l’arbitraire du pouvoir absolu. Elle sera notre contrat collectif qui nous tiendra aussi collectivement responsables du sort de toutes les Fadoua.

Sur la vidéo, et peu d'instants avant sa mort, Fadoua se demandait si son geste désespéré pouvait arrêter l'injustice, la corruption et la tyrannie.

Pour exaucer son voeux, le peuple doit faire tomber le Makhzen !

10 commentaires:

Anonymous said...

Et le chantage, tu connais ?
Il y a mille façons de se suicider et de débarrasser le plancher. Cette femme est adulte et vaccinée. C'est sa décision de mettre un terme à sa vie.
Cette dame a un courage que beaucoup n'ont pas!
Arrêtez donc de rendre l'Etat responsable de tous les maux. Arrêtez d'attendre la manne du ciel.
Toi avec ton ordinateur et ton blog et tes produits high tech, tu es un privilégié du système. Et avec ça tu hurles avec les loups...
Et tu joues à la personne choquée, révoltée...etc.

dima said...

L'Etat marocain est responsable du destin tragique de F.L pour la simple raison qu'il n'a jamais combattu ou peu le cliéntélisme et la corruption qui sévit dans les arcanes de l'administration marocaine et les collectivités territoriales.

Le dernier rapport de la cour des comptes regorge de méfaits, repréhensibles par la loi, imputés à ces élus et ces hauts responsables marocains. Qu'a fait la justice marocaine pour sévir et punir les coupables ? combien d'élus cités dans le rapport de la cour des comptes ont été traduits devant la justice marocaine ?

Anonymous said...

" Anonymous said...

Et le chantage, tu connais ?
Il y a mille façons (...)de débarrasser le plancher.
(...)
Toi avec ton ordinateur et ton blog et tes produits high tech, tu es un privilégié du système. Et avec ça tu hurles avec les loups...(...)"

Pffff c'est pathétique, pas d'arguments: que des menaces et des tentatives d'intimidations. De combien de marocains vous voulez vous débarrasser? De quel droit? Le Maroc ne vous appartiens pas: il appartiens à tous les marocains, aussi différents soient-ils. Quand est-ce que vous allez-vous montrer solidaires des marocains les plus précaires, comme Fadoua Laroui? Quand est-ce que vous exprimerez de l'empathie pour ceux qui n'ont pas votre chance? Et après vous vous inquiétez de l'unité du pays...C'est pitoyable cette violence et cette haine de ceux qui ne pensent pas comme vous. Comment ça s'appelle déjà cette façon de faire?

astrey said...

Pathétique en effet.
Moi avec mon pc, ma connexion internet, mon cerveau formé dans une école privée, j'ai la responsabilité, le DEVOIR de parler pour ceux qui n'ont pas eu la même chance que moi.
Ce que le makhzen n'a pas encore compris, c'est que moi , nous privilégiés du système, on s'accommode très bien de ses violences, cruautés, car on n'est pas touchés. C'est pour les autres qu'on parle.

agharass said...

RIP Fadoua Laroui !

Je m’arrête là où connerie humaine reprend vie.

AbMoul said...

J'avise que je ne répondrais pas aux commentaires insultants à la mémoires de cette jeune fille. Je les supprimerai même s'ils sont trop vils, chose que je n'ai jamais fait..

FL said...

@AbMoul,
Ne supprime rien STP.
Même ces vils commentaires insultants à la mémoire de cette héroine (les douleurs des brûlures sont les pires douleurs et cette femme a bel et bien entrepris un acte politique majeur), je disais que même les pires commentaires sont un témoignage vivant de ce que nous vivons au Maroc.
Je suis une Fadwa laroui.

haj ahmed el mernissi said...
This comment has been removed by the author.
Anonymous said...

bien sur que le Palais (lui et seulement lui regne et gouverne et controlle) est responsable. comme je vois la manière de s'exprimer du batard-fuyard de ben ali, du petit pd de moubarek ou du fou gaddafi, je crois vraiment que les dicatateurs arabes nord africains vivent dans un monde imaginaire, complètement déconnecté de la réalité des sociétés qu'ils controllent. ou alors tout ce qui lesintéresse c'est l'argent...
vivement le démocratie et RIP.

IM said...

Il y a quelque temps, j'aurais peut-etre compatit avec la defunte, j'aurais cru (avec erreur) mesurer plus ou moins le degre d'injustice dont elle a fait l'objet et son desespoir. Je ne me serais pas permis d'en parler comme certains mal-eleves le font, mais j'aurais, comme eux, sous-estimer le poids des injustices causees par ce systeme inique du Makhzan, n'y ayant pas encore eu a faire et encore moins dans une condition defavorable.

Avec l'experience de quelques facettes du Makhzan, je mesure un peu mieux de quoi parle l'auteur de ce billet, et l'ignorance des embourgeoises marocains de la realite de leur pays. Et surtout je sais que je suis encore loin de ressentir ce qui a conduit cette dame a un tel desespoire.

C'est pour cela, que je ne souhaiterais pas pour ceux qui insultent la memoire de la defunte d'avoir a subir la meme chose, (ou la meme chose que les journalistes, que les activistes persecutes etc etc), car je me dis que c'est peut etre par ignorance. Je leur souhaite juste d'ouvrir les yeux.

Que Dieu fasse misericorde a Fadoua Laroui!