Ceci est un guide pratique à l’adresse des dictateurs arabes en bute à la révolte de leurs peuples. Il a été élaboré avec la précieuse et bienveillante collaboration de deux ex-dictateurs (Moubarak quand il n’est pas sénile et Ben Ali quand il émerge de son coma), ainsi que de dictateurs toujours en exercice mais rejoignant fort probablement bientôt les rangs des dictateurs déchus (Kadhafi et Hamad). Autant dire qu’il s’agit d’un document vivant et dynamique (il sera mis à jour au gré de l’actualité), basé sur des expériences vécues et réelles, et son objectif demeure avant tout d’écourter les souffrances des peuples arabes, mais aussi de nous éviter l’affliction d’un suspens qui à force de se répéter ne l’est plus, et de nous permettre de reprendre un semblant de vie normale, i.e. ne plus rester cloué des journées durant devant Al Jazeera, ou ne plus suivre sur la timeline de notre compte twitter des hashtags du genre #sidibouzid, #jan25, #feb15, #feb20, etc.
Une dernière remarque en guise d’introduction : les étapes que nous énuméreront ne sont pas nécessairement destinées à être suivies dans un ordre chronologique. Il est même recommandé que le dictateur saute directement à la dernière étape.
1. Mon pays n’est pas la Tunisie ou l’Égypte
Apparemment, ce n’est pas une évidence pour le peuple. Pour le dictateur, ce n’est pas seulement une profession de foi, mais un cadre de l’analyse et de l’action. Pour s’auto-motiver et s’auto-convaincre, le dictateur doit (se) le répéter, telle une litanie, tout au long de la crise. D’autres variantes peuvent aussi être utilisées telles : ‘’Je ne suis pas Ben Ali moi..’’, ‘’je ne suis pas Moubarak.’’, etc.
2. Toujours garder de bonnes relations avec l’Arabie-Saoudite et ses princes polygames
C’est un conseil de la plus haute importance (gracieusement fourni par Kadhafi sur la base d’une expérience personnelle). Vous verrez pourquoi par la suite.
3. Lâcher les baltajia[1] du net
Des groupes se créent sur facebook et autres réseaux sociaux appelant à la révolte. Pas de panic. Créer des groupes rivaux mettant en garde contre le chaos, les ennemis de la nation, etc. Les usual suspects en bref. Les baltajia du net doivent intimider les cyber-dissidents, les menacer, les ridiculiser, pirater leurs comptes, etc. Éviter cependant de créer des groupes pour ‘’la marche de l’amour’’ (c’est trop ridicule) ou une page de fans du dictateur (les services secrets du dictateur n’ont pas assez de ressources pour mobiliser tous leurs éléments cliquer sur fan de; et de toute façon, les espions du dictateur sont des ignares es internet comparés à ces diables de jeunes du net). Après l’écrasement de la révolution, le dictateur pourra réfléchir à tête reposée au traitement à réserver à l’imbécile qui a le premier pensé à introduire internet sur le sol de son pays.
4. Réprimer les manifestations pacifiques
Comme prévu, l’intimidation du net ne marche pas. Mais il en va de l’honneur du dictateur et de sa légitimité qu’aucune manifestation, même pacifique, ne saurait mettre en cause sa personne ou ses politiques.
5. Premier discours
On s’occupera aussi par la suite du ministre de l’intérieur dont les forces n’ont su contenir les manifestations. Maintenant place au premier discours à la nation, un classique que le dictateur peut faire en s’inspirant de ses ex-collègues : Le complot étranger, Al Jazeera, les islamistes, le chaos. La totale quoi.
6. Retirer les forces de sécurités, fermer internet et envoyer les baltajia (les vrais)
Le peuple veut la liberté? Il aura le chaos. De la casse il y aura, et effrayée la classe moyenne sera. Penser cependant à moderniser le matériel des baltajia que le dictateur enverra contre les manifestants pacifiques. Les chameaux et les chevaux (tu entends Moubarak?) ne sont plus à la mode dans les razzias depuis au moins l’époque de Mohamed-Ali. Fermer Internet est une étape incontournable même si ce faisant ces mêmes jeunes du net, pacifiques mais loin d’être des pacifistes, n’auront rien de bon à faire et descendront tous donner aux baltajia, rempart du régime, la raclée qu’ils méritent. C’est le moment critique où le monde tel que l’a connu le dictateur commence à s’écrouler, le peuple se défend.
7. Deuxième discours & Déploiement de l’armée
On a oublié de le dire pour le premier discours, mais si le dictateur a un fils aussi peu charismatique que sa propre personne, il est inutile de décupler la rage du peuple en l’envoyant faire un discours sans sens. Au second discours, le dictateur doit faire des promesses. N’importe quoi, mes des promesses : limoger un ministre, promettre de ne pas se représenter pour les prochaines ‘élections’, créer en une année plus d’emplois que depuis l’indépendance, etc. Les promesses n’engageant que ceux qui veulent bien y croire. L’armée se déploiera avec l’ordre de mater la révolte, mais attention, les armées des dictateurs ne sont plus ce qu’elles étaient (une pensée émue pour l’armée de Hassan II qui mitraillaient les manifestants à partir d’un hélicoptère). Avec un peu de chance elle peut exécuter les ordres, mais il ne faut pas trop compter là-dessus. Envoyer aussi des avions de combat survoler les manifestants. En général, c’est ridicule; mais il se peut qu’eux aussi exécutent les ordres et bombardent les manifestants.
8. Troisième discours, ‘je vous ai compris’ et le théorème de Bouazizi
Faire un discours, on ne sait pas trop pourquoi et quoi dire, mais il faut faire un troisième discours afin de démontrer le théorème de Bouazizi. Implorer le peuple de le laisser finir son ‘’mandat’’, dire que l’économie pâtie de la révolte, que les touristes ont peurs et ne viennent plus, qu’après lui il y aura le chaos, le dictateur peut tenter sa chance mais qu’il soit averti. Ça ne marche pas.
9. On se casse et vite..En Arabie-Saoudite (cf. 2nd point)
[1] Mon correcteur d’orthographe ne reconnait pas encore ce terme. D’origine turque signifiant les gros-bras ou les criminels sous ordres, ce mot est pourtant désormais partie intégrante du ‘’Dictionnaire Universel de la Révolution’’
10 commentaires:
Il n'est jamais top tard pour lire du Abmoulien :)
Chapeau l'artiste !
Tu n'a pas oublié le truc sur l'argent, l'or et de quoi vivre ailleurs ?
@agharass: C'est ouvert aux suggestions, et effectivement des conseils pour assurer la retraite du dictateur manquent. Des suggestions?
Très beau travail. AbMoul tu feras un très bon dictateur.
Un apprentis dictateur te suggère d'ajouter un point traitant du rôle des médias officiels (Dans le volet Baltajia), des blogueurs mainstream et des artistes.
Heil Kadhafi!
@Rachid: Il me faudra trouver un peuple, mais comme tu peux le constater, les peuples ne sont pas trop coopératifs avec les dictateurs ces derniers temps. Je crois que l'usage des média et l'analyse des discours doivent faire l'objet d'un manuel à part. Des volontaires?
Que faire quand le dictateur est un roi qui passe son temps a inaugurer des hopitaux, ecoles, internats, etc que les contribuables paient de leurs poches mais que le monarque s'approprie comme si c'etait lui qui payait pour tout cela?
Que faire?
Et puis de grâce, lors de vos discours restez le plus bref possible. Les pauses café ne durent que 15 minutes en Europe.
J'adore les modes d'emploi.
Je viens de faire la connaissance du mot baltajia sur mon site, et de leurs arguments hésitant entre la menace, les invectives agrémentées de smileys et l'ode à la gloire de la démocratie du roi auquel on "donne tous les pouvoirs". Chouette.
Pour l'argent du dictateur, attention: ces jours-ci les Suisses bloquent les avoirs déposés AVANT même le départ du dictateur (voir Khaddafi).
Ces Helvètes ne respectent plus rien..
Pourquoi personne n'appelle simo 6 par son role principal "Dictateur".
Il devrait lire cet article et apprendre a "surfer" cette vague de protestations.
Dommage que ton blog ne fournit pas ton email :) je cherche à te joindre !
le voilà: abdel_moul@hotmail.fr
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