Les théories classiques des relations internationales ont toujours maintenu une distinction entre l’État et la société civile. Si cette distinction était valable pendant le 18eme et le 19 eme siècle (l’État étant toujours en émergence et la société civile encore balbutiante), elle ne peut prendre en compte la réalité du monde d’aujourd’hui. E.H Carr et Hobsbawm ont, les premiers, été sensibles aux continuités entre les forces sociales à l’intérieur d’un même État et au-delà, au sein du système d’États. Immanuel Wallerstien dans son ‘’world system’’, reprenant Braudel, avait proposé son cadre d’analyse des R.I en termes de relations sociales (centre, périphérie et semi-périphérie). Ce dernier pouvant à juste titre être considérée comme une théorie critique.
De fait, l’auteur distingue entre la théorie critique et les problem-solving theories. Les dernières traitent le monde, et ses relations sociales, comme elles le trouvent, le fragmentant en des sphères spécialisées qui sont traitées en considérant les autres comme stables. Cet a priori ceteris paribus permet le traitement de variables limitées pour en sortir des lois et des régularités concernant le système existant. Ces approches sont de ce fait ahistorique ou non-historique car supposant que le présent possède une durabilité et ne considérant pas son possible ou probable changement. Cela constitue aux yeux de l’auteur un biais idéologique, la théorie si elle n’est limitée ni dans le temps ni dans l’espace se transformant en idéologie (une attitude critiquée par Vico Giambattista comme une ‘’arrogance des chercheurs’’).
Les théories critiques, par contre, le sont parce qu’elles gardent une distance par rapport au monde tel qu’il existe et considèrent et réfléchissent aux conditions des relations sociales dans leur origine et en vue de leur probable changement. Ainsi, ‘’the critical theory leads toward the construction of a larger picture of the whole ..and seeks to understand the processes of change in which both parts and whole are involved.’’ Les théories critiques permettent un choix normatifs en faveur d’un ordre politique et social différent de celui qui existe.
Frederich Meineck dans son étude raison d’État trace l’origine de la théorie réaliste dans la pensée politique de Machiavel. D’autres chercheurs comme E.H. Carr ont continué dans ce chemin de pensée historique qui faisait du réalisme une théorie critique. L’auteur identifie Morgenthau et Waltz comme ceux qui ont dérivé le réalisme vers le problem-solving. Cela, à son avis, n’est pas un hasard si ce revirement s’opère pendant la guerre froide période de stabilité (avec la bipolarité) propice à ce genre de théories. Les substrats de bases ou les réalités du monde telles que conçues se résume à : (1) une nature humaine comprise en termes Augustiniens (le péché originel) ou Hobbesiens de recherche de pouvoir; (2) La nature des États qui s’approchent par leur unité et leur homogénéité aux monades Leibniziens; (3) La nature du système qui pose des contraintes rationnelles à la recherche effrénée du pouvoir à travers le mécanisme de l’équilibre du pouvoir. Cette conception des R.I, même si elle fait appel aux événements historiques pour valider ses hypothèses, n’en est pas moins ahistorique considérant que le passé est semblable au présent et que le futur ne sera certainement pas différent. Si le néo-réalisme se présente comme une théorie non-normative (ce qu’il reproche d’ailleurs au libéralisme, c.à.d sa normativité), cette caractéristique de ‘’value-free’’ est selon l’auteur seulement superficielle. La rationalité postulée des acteurs se transforme, puisque sa présence est nécessaire pour faire fonctionner le système, en une valeur normative voire même prosélyte .
L’auteur rejette le marxisme structuraliste (d’Althusser et Poulantzas) qui partage, selon lui, avec le néoréalisme son approche centrée sur la résolution des problèmes, ahistorique et épistémologiquement essentialiste. Le matérialisme historique de Gramsci est de son point de vue la meilleure source pour une théorie critique à même de corriger les ‘’lacunes’’ du néoréalisme.
En incorporant la dialectique (i.e. chaque réalité sociale contient son opposée sans être mutuellement exclusives), le matérialisme historique permet de traiter de la confrontation des forces sociales opposées dans un contexte historique donné. Le conflit, objet d’étude d’aussi bien le réalisme que du matérialisme historique, n’est ainsi plus appréhendé, comme pour le néoréalisme, en tant que ‘’ recurrent consequence of a continuing structure’’ mais comme une cause possible du changement structurel. Par ailleurs, en considérant l’impérialisme comme une dimension verticale aux relations de pouvoir entre les États, en adoptant le concept Gramscien du complexe État/Société civile comme l’unité d’analyse de l’ordre mondial et en considérant le processus de production comme un élément essentiel pour expliquer une forme historique particulière du complexe État/société civile, le matérialisme historique offre des outils conceptuels pour le développement d’un cadre de l’action que l’auteur nommera ‘’les structures historiques’’.
Trois catégories de forces interagissent à l’intérieur de la structure historique: Les capacités matérielles, les idées et les institutions. Tout en distinguant parmi les idées les sens intersubjectifs et les images collectives, la dernières des forces (institutions) mérite plus d’attention. Selon l’auteur, ‘’institutionalization is a means of stabilizing and perpetuating a particular order.’’ Les institutions reflètent les relations de pouvoir et tendent à encourager des images collectives favorables à cette configuration du pouvoir. Ceci est à rapprocher au concept d’hégémonie de Gramsci. Les institutions offrent le moyen de gérer les conflits tout en minimisant le recours à la force. ‘’Force will not have to be used in order to ensure the dominance of the strong to the extent that the weak accept the prevailing power relations as legitimate.‘’ L’hégémonie permet ainsi, en prenant en comptes divers intérêts, d’exprimer le leadership du plus fort en un intérêt général et universel permettant l’universalisation des politiques. Si le réalisme, en faisant abstraction des forces sociales ignore les aspects institutionnels de l’ordre mondial,
La méthode des structures historiques est appliquée à trois niveaux ou sphères d’activité (les forces sociales, la forme de l’État et l’ordre mondial) pour aboutir à une théorie critique des relations internationales.
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