• Evans, P., D. Rueschemeyer et T. Skocpol (dir.), Bringing the State Back In, Cambridge, Cambridge University Press, 1985.
Excellent livre que je recommande pour l'analyse comparative de l'autonomie de l'État et de son rôle dans le changement social. Voici un résumé du chapitre introductif par Theda Scokpol.
Diverses recherches dans diverses disciplines se sont intéressées ces dernières années à l’État son rôle social, économique et politique. L’auteur identifie comme ‘’an intellectual sea change’’ le passage d’un intérêt exclusif pour la société vers une considération du rôle de l’État. L’intérêt pour la société, même lorsqu’il s’agissait de la politique et de l’élaboration des politiques, était une caractéristique des théories pluralistes et stucturo-fonctionalistes dominantes aux É-U dans les années 50 et 60. Ces recherches s’intéressaient aux inputs sociaux du gouvernement et aux outputs redistibutifs de celui-ci. Des néo-marxistes se sont intéressés à l’État capitaliste et ses fonctions socio-économiques ainsi qu’au passage du monde médiéval au monde capitaliste. Ces chercheurs affirmaient néanmoins la subordination de l’État à la classe et sa fonction de garant des rapports de production. Les sciences sociales sont nées dans un monde qui considérait l’évolution sociale comme un fait de la société civile (voir la contradiction entre Marx et Hegel) et où l’État n’avait que peu de rôle. Le Keynésianisme de l’après seconde guerre et les débats idéologiques des années 80 ont par contre remis l’État et son rôle au cœur de l’intérêt scientifique.
Sur le continent (en Allemagne principalement) l’intérêt pour l’État n’avait pas pour autant tari et commence à influencer les travaux de recherche aux É-U.
La vision Wébérienne de l’État est celle qui dépasse le ‘’gouvernement’’ pour inclure des systèmes administratifs, légaux, bureaucratiques et coercitives qui régulent non seulement les relations entre l’État et la société, mais aussi les interactions à l’intérieure de la société civile (Alfred Stepan). Trimberger et Stepan avaient montré comment une élite autonome (Trimberger définit ce qu’est une élite bureaucratique autonome) prend le pouvoir de l’État pour détruire une autre classe (aristocratie, etc.) et conduire le développement socio-économique. Cette élite est autonome lorsqu’elle n’a pas de liens avec la classe dominante de l’État.
Autonomie de l’État
Helco, en analysant les politiques de sécurité sociale en Angleterre et en Suède, avait aussi montré que la contribution des bureaucrates était peut-être aussi cruciale et efficace que celle d’autres groupes sociaux. Krasner (defending National Interest) avait aussi montré comment l’intérêt de la politique étrangère américaine était principalement fixé par l’exécutif. J.P. Nettl avait dit ‘’Whatever may or may not be internally..there have been..few challenges to its souvereignty and its autonomy in foreign affairs.’’ Même un ‘’État faible’’ peut dans certaines conditions historiques avoir de l’autonomie pour la mise en place de certaines politiques. ‘’state autonomy is not a structural feature of any governmental system. It can go and come.’’
La rationalité des actions de l’État
Skocpol se demande en quoi l’action de l’État était légitimée et si l’argument de l’intérêt commun souvent brandi par les bureaucrates et les politiciens pouvait être pris à la lettre. Elle s’intéresse par la suite aux instruments de politique à la disposition de l’État pour réaliser les changements sociaux.
L’approche relationnelle de l’État vis-à-vis de son contexte socio-économique peut montrer comment l’État pourrait agir sur les acteurs et les structures dans le dit environnement. Cette relation a donné dans les travaux de Katzenstein (power and plenty) le concept de ‘’réseaux de politique’’ où le pouvoir de l’État n’est pas examiné sous sa capacité à imposer ses solutions mais celle de collaborer dans un contexte d’interdépendance économique. Selon lui, la mise en place des politiques ne dépend pas seulement des instruments à la disposition de l’État mais surtout de sa coopération avec d’autres groupes de la société.
Une autre approche autre que celle marxiste et celle de l’acteur, est l’approche Tocquevillienne qui voir l’État comme une configuration organisationnelle qui affecte la culture politique, structure certains intérêts et permet une certaine forme d’action collective.
La structure de l’État conditionne aussi la conscience de classe d’une société à l’autre. Des études historiques comparatives ont montré pourquoi, en partie à cause de la structure de l’État, la classe ouvrière avait choisit un certain chemin politique dans un pays comme la France, alors qu’elle s’est intégré au système électoral dans un autre comme la G-B. Aux Etats-Unis, la classe capitaliste avait, à cause de la faiblesse de l’état, prôné une idéologie du laissez-faire renforcée par l’absence de classe ouvrière politiquement organisée.
La politique, dans toutes ses dimensions, ne réside pas dans la société, l’économie ou la culture si toutes ces dimensions sont considérées en dehors des activités de l’État.
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