Wednesday, September 17, 2008

Constructivisme et relations Internationales

Pour mettre fin à l'hibernation et au manque d'activité forcée de ce blog, les semaines qui arrivent seront consacrées à des postes relatifs à diverses lectures que j'effectuent pour des raisons professionnelles et académiques et que je partageraient avec les plus masochistes d'entre mes lecteurs. Ces revues, sous forme de fiches de lectures, seront parfois plus ou moins élaborées et critiques, souvent assez sommaires et succintes. Elles concerneront surtout les théories des Relations Internationales et différentes théories de la science politique. Au delà de la prétention égoiste sous-jacente à cet exercice, cette information pourrait être d'un certain intérêt (et peut-être utilité) pour des étudiants (attention au plagiat!), des chercheurs ou de simples curieux. Toute discussion sera la bienvenue dans la limite que permettrait mon temps ''Ô combien précieux!''

v Dan O’Meara (chap. 9), « Le constructivisme, sa place, son rôle, sa contribution et ses débats » in ‘’Théories des relations internationales : Résistances et contestations’’.

O’Meara présente dans ce chapitre une excellente synthèse de ce que c’est l’approche constructiviste, sa genèse et son articulation par rapport aux autres théories dominantes des relations internationales. Théorie, approche, troisième paradigme (Walt, 93) ou simple méthode, l’auteur ne réussit pas à dissiper chez le lecteur les ambigüités quant à la pertinence et l’utilité de l’approche constructiviste. Approche critique des sciences sociales qui cherche à saisir les phénomènes sociaux comme éléments d’un processus continu, le constructivisme, lorsque appliqué aux relations internationales, se trouve en butte à la particularité d’un champ d’études qui fait de la prédiction un socle aussi important que l’analyse et l’explication pour l’utilité d’une théorie (Kegley, 93).
Premièrement, l’approche constructiviste substitue l’idéalisme ontologique au matérialisme ontologique des théories rationalistes. Concevoir l’anarchie du système international comme une construction sociale des États (Wendt, 92) et non comme réalité objective matériellement ontologique ne renferme point d’éléments normatifs ou prescriptifs. On se rapproche ici du schème dialectique cher à Karl Marx, l’anarchie étant une construction des États qui y confèrent un caractère matériel et y conforment leurs comportements dans un processus historique continu dont la guerre est un horizon indépassable. On peut en dire de même pour l’identité de l’État qui, qu’elle soit prise sous un angle « systémique » ou individualiste, n’en confère pas moins un caractère statique somme toute assez proche des conceptions rationaliste. En somme, l’articulation et l’intersubjectivité, bases du constructivisme, sont des processus inconscients et leur prise en compte dans l’analyse des phénomènes internationaux ne peut en aucun cas occulter les réalités matérielles qu’ils peuvent enfanter ou renfermer.
C’est surtout au niveau épistémologique que le constructivisme est le plus attaqué. En effet, les tentatives de Wendt, Checkel et autres de jeter des ponts avec le rationalisme et son substrat positiviste (ce que Wendt appelle avec adresse mais non sans ambigüité thin contructivism) peuvent être interprétés comme des signes de la faiblesse de l’approche à convaincre de son utilité sur le plan épistémologique. O’Meara n’a pas manqué de relever cette faille importante du constructivisme qui n’observe pas de cohérence interne entre l’ontologie et l’épistémologie. Si l’on peut déplorer le fait que les approches « reflectivists » soient marginalisées au profit des approches rationalistes, il faudra peut-être aussi se demander si cet état de fait n’est pas dû à un manque de cohérence des premières et leur incapacité à constituer un programme de recherche à part entière (Keohane, 89). Le « vœux » de Wendt de concilier l’idéalisme avec le positivisme rationaliste causal est d’autant plus problématique et difficile à réaliser que la question est une constante du débat des sciences sociales entre les tenants Durkheimiens d’un monisme de la science sociale et les supporters wébériens d’un dualisme (voir d’un pluralisme) où la construction sociale renforce et n’exclut pas l’étude objective des phénomènes.
Même si l’auteur présente les caractéristiques normatives de l’approche, il ne précise pas comment les normes (constructions sociales des acteurs) peuvent être changées ou questionnées. L’approche, telle que défendue par Wendt, se veut un vecteur de changement par la prise en compte des constructions sociales sous-jacentes aux discours et aux langages, mais ne fournit aucune piste sur le comment de ce processus souhaitable.

En conclusion, le chapitre de O’Meara constitue une excellente introduction des concepts, des fondements et des failles de l’approche constructiviste. Il ne fournit néanmoins pas de jugement sur le caractère progressif de l’approche encore moins de l’opportunité de la considérer comme paradigme à part entière des relations internationales. Le lecteur aurait été mieux à même de se faire son appréciation si l’auteur avait consacré une section pour les critiques que les théories rationalistes (néo-réalismes et néo-libéralismes) adressent à l’approche constructiviste sur les plans ontologique et épistémologique.

1 commentaires:

Anonymous said...

Salut Moul,

Tu es encore en hibernation? Etant une de tes lectrices masochistes je me permets de te rappeler ta promesse: "Pour mettre fin à l'hibernation et au manque d'activité forcée de ce blog, les semaines qui arrivent seront consacrées à des postes relatifs à diverses lectures que j'effectuent pour des raisons professionnelles et académiques et que je partageraient avec les plus masochistes d'entre mes lecteurs"...

Amina