Tuesday, June 17, 2008

Nice Try Laroui!!

J’ai fini il y a quelques jours le relativement récent ‘’De l’islamisme’’ de Fouad Laroui, présenté en des termes élogieux par un bloggeur marocain, et qui me laissa avec le désagréable sentiment de m’être fait un peu avoir (je n'aime pas perdre mon temps en des lectures inutiles). Non que j’y consacrai plus de temps qu’il n’en faut, l’’’essai’’ (car ça s’en veut un) se lisant presque tout seul, sans réel effort, comme l’on pourrait le faire avec un édito de Benchemsi ou un roman pour adolesants, ce qui témoigne de sa facture (en fait je l’ai lu en deux jours pendant mes trajets de bus et mes pauses café-il est vrai plus nombreuses que nécessaire). Une mise en garde s’impose de prime abord: Cet essai ne sera jamais cité dans aucune recherche scientifique sérieuse, il pourra aussi très difficilement servir de référence dans un débat sérieux et structuré et le livre sombrera très vite dans l’oubli. N’était-ce l’ambition honorable, mais manifestement disproportionnée par rapport aux capacités cognitives de l’auteur, celle, affichée dès le préambule du livre, de déconstruire (rien de moins!) le discours islamiste, il aurait pu logiquement s’inscrire dans la lignée des travaux précédents de l’auteur; à savoir une série d’anecdotes, parfois salaces, souvent sans connexion réelle avec le sujet, et un style humoristique qui sonne quant même plutôt faut tellement l’auteur prend son sujet (trop) à cœur. Ici s’arrête la comparaison avec les romans de Fouad Laroui qu’il m’est arrivé d’apprécier pour leur description de certains archaïsmes de la société marocaine, car l’essai est manifestement mal structuré, sautant d’un sujet à l’autre de façon intempestive et sans cohérence apparente de telle manière qu’on n’arrive plus à suivre la démonstration de l’auteur, abusant d’anecdotes et de références le plus souvent (même exclusivement) à des penseurs des ‘’lumières’’ et contenant des approximations historiques et linguistiques manifestes pour le lecteur qui est un soit peu familier du sujet et de la langue arabe. Mai surtout, à la lecture du livre on sort perplexe sur le dessein de l’auteur. Ambitionnait-il, comme il l’annonçait triomphalement, de déconstruire le discours islamiste, ou bien, comme la succession des sections et les inspirations philologiques de l’auteur le montrent, celui de la révélation et du texte religieux considérés comme les vecteurs du premier? Il faudrait avouer qu’il ne réussit ni pour l’un ni pour l’autre. Le discours islamiste, comme le sont le libéral, le socialiste ou le fasciste, est, lorsqu’il s’introduit sur la sphère publique, un discours d’abord et avant tout politique et donc motivé et interagissant avec des facteurs sociologiques, économiques voire même anthropologique. Le considérer en détachement avec son contexte, comme une ontologie, n’est autre que de tomber dans un essentialisme que Descartes ou Popper (Héraults de l’auteur) auraient certainement désapprouvé. Déconstruire le texte religieux est une entreprise encore plus complexe. Cela suppose, pour arriver à des résultats probants, une démarche rigoureuse et des outils épistémologiques solides. L’auteur a cité parmi ses amitiés le célèbre intellectuel égyptien (aujourd’hui exilé aux Pays-Bas) Nassr Hamid Abou-Zaid qui est probablement celui qui a le plus travaillé- et en a payé le prix- sur le texte coranique et l’approchant et l’inscrivant dans son contexte historique. Or, force est de constater que la démarche de notre auteur n’a en rien été influencée par celle de son illustre ami se perdant dans des digressions vaseuses, et même parfois franchement ridicules, comme cette section toute consacrée à la femme d’Abou Lahab dont on n’arrive pas à en saisir la pertinence, ou cette trouvaille, triomphalement annoncée après une démonstration des plus simpliste et des plus douteuse, qu’Alexandre le Grand du Coran n’est autre que le Moise de l’ancien testament!
En somme cet ‘’essai’’ n’est rien d’autre qu’un pamphlet mal écrit, trop simpliste (était-ce la visée de l’auteur), déclamant et répétant sans démonstration aucune qu’il ne faut pas mélanger foi et raison, religion et Histoire, etc. que l’islamisme ce n’est pas bien, qu’il faut s’aimer l’un l’autre et que l’Islam du temps des Mou’atazila et d’Ibn Rochd c’était génial…Si vous avez un peu de temps, si vous détestez l’Islamisme ou que vous en êtes un adepte, lisez ce livre. Vous y trouverez de quoi glorifier l’auteur ou lui jeter l’anathème. Si vous êtes en quête d’une réfutation réfléchie de l’islamisme (comme peut en faire Mohamed Arkoun ou Sadiq Jallal Al Adm), d’une analyse scientifique qu’elle soit politique, sociologique ou autre, passez votre chemin, c’est le vide le plus creux..

7 commentaires:

Reda said...

Pause café ou cigarette ? :)

AbMoul said...

L'un ne va pas sans l'autre..jusqu'à nouvel ordre..du medecin.

Larbi said...

abmoul: Merci pour le compte rendu de lecture.
Pour le Style Laroui, je crois qu’il a toujours été plus romancier et chroniqueur qu’auteur d’essais. Dans a bibliographie, je peux me tromper, il n’y a aucun essai je crois que c’est son premier.
Je n’ai pas lu le livre donc je vais me prononcer. Juste par rapport à l’islamise et son contexte socio-économique : d’accord on ne peut en faire une lecture et faisant fi des facteurs du contexte. Mais faudrait peut être aussi qu’il y a des points transverses et des caractéristiques communes à des pays aux contextes locaux différents. Si tout ne peut pas être expliqué par un endoctrinement idéologique, tout ne peut pas non plus être expliqué par des contextes locaux (souvent durs et insupportables).

Ibn Kafka said...

Un grand philosophe marockain si je comprends bien... A quand un livre à six mains avec Jamel Debbouze et Sofia Essaïdi?

Reda said...

Shiiiit, Ibn Kafka, tu lâches plus Le Debbouze :)

AbMoul said...

@Larbi: Il n'avait qu'à ne pas s'attaquer à un sujet qui le dépasse. Du moins à la manière qu'il l'abordé et avec la prétention affichée. Sur le coup, m'est avis qu'il s'est fait ridiculisé tout seul..
@IK: Il représente aussi, selon les termes de Vermeren, le désarroi et la détresse d'une certaine intellegensia francophone marocaine incapable d'élaborer une réponse cohérente et structurée à ce qu'elle considère comme un danger..

spyjones said...

Bonjour,

Apparemment, t'as loupé l'adjectif "personnelle" qui accompagne "déconstruction". C'est vrai qu'en lisant pendant les pause-café, il y a de la déperdition d'informations...:-D

Plus sérieusement, l'auteur ne cache pas sa modestie et sa subjectivité, et je t'accorde que sur le volet politique de l'islamisme, il a été vraiment creux. Mais le premier et le deuxième chapitres (consacrés à la relation entre "religion et science" et entre "religion et raison") sont à mon avis réussis, car il démontre, sans que cela soit hors de portée du néophyte, que la religion et la science sont deux domaines clairement différents tant par leurs objectifs que par leur moyens, et qu'il ne convient pas de chercher le verset qui légitime ou réfute telle ou telle théorie dans le Coran, ce que beaucoup de prédicateurs fondamentalistes tentent de faire.

Bref, je dirais plutôt que le livre est un bon début, quitte à ce que le lecteur cherche ailleurs pour chaque domaine à part.