Monday, April 21, 2008

La paresse comme révolte

Moi qui prenait ‘’The Big Lebowski’’ (magistralement mis en scène par les frères Coen) pour le maître de la flemmardise et aspirait en devenir (avec d’autres, au hasard de nos discussions nocturnes et lourdement enfumées) un jour un digne disciple; voilà que mes déambulations sur la toile me font redécouvrir, au travers de cet extrait, le film de la talentueuse (et hélas, peu prolifique) metteure en scène égyptienne Asmaa El-Bakry ‘’mendiants et orgueilleux’’ et secouer ainsi mes convictions sur le maître absolu de l’art de la fainéantise. Un film magistral, meublé par des personnages excentriques, refusant de cautionner l’ordre social qu’ils jugent décadent et choisissant avec obstination de vivre dans leur propre monde fait de mendicité, de désœuvrement et de Haschisch. Il m’arrive très rarement que la vue d’un film me donne l’envie de lire le livre (mon expérience avec ‘’le bûcher des vanité’’, navet s’il en est qui m’ôta pour longtemps l’envie de lire le chef d’œuvre de Tom Wolf , n’est que l’exception à cette règle qui veut que les grandes œuvres littéraires sont très médiocrement mises en scènes), mais l’œuvre d’Al-Bakry (elle mit aussi en scène ''la violence et la dérision'' du même romancier que je n'ai jamais eu l'occasion de voir) m’avait tellement touché que j’ai entrepris de mieux connaître son géniteur. Albert Cossery, auteur francophone d’origine égyptienne, est un personnage détonant dont l’œuvre n’a jamais dérogée à sa critique des nantis, à son exposition de la misère du plus profond de l’Egypte dans un style humoristique à la limite de l’absurde et à son exaspération à l’égard de ce monde qui carbure à l’ambition et au désir de possession. L’écrivain méprise tellement le monde matériel que depuis sa venue de son Egypt. natale en 1945, il n’a jamais senti le besoin d’habiter ailleurs que dans la modeste chambre d’hôtel où il vit depuis 60 ans, écrivant une ligne par jour et s’offrant ainsi le luxe suprême, celui dont il fait à coup d’ouvrages l’apologie, de ne pas travailler. Œuvres à découvrir et à (ne pas) imiter.

Extrait :

''... Gohar [...] discute un moment avec un mendiant qui lui raconte l'incroyable révolte des habitants d'un petit village de Basse-Egypte : lors du dépouillement des bulletins de vote des élections municipales, les employés du gouvernement découvrirent qu'arrivait largement en tête un inconnu, un certain Barghout. Après enquête, ils découvrirent que Barghout était l'âne du village ! Bien sûr, conclut le mendiant, l'âne ne fut pas élu, le gouvernement avait besoin d'un âne à deux pattes !''.

2 commentaires:

too banal said...

J'avais apprécié les romans d'A. Cossery lors de leur lecture mais je n'ai pas encore vu leur adaptation au cinéma! Je suis curieux de voir ce que cela donne!
Cordialement!

AbMoul said...

Le film egyptien est excellent. Le personnage principal est admirablement campé par Sallah Saadani. Je n'ai pas vu l'adaptation française, mais je serais étonné, vue la qualité d'un certain cinéma français, qu'elle soit aussi bonne que celle d'Asmaa al-Bakry.