Wednesday, January 17, 2007

Jamaï s'en va, L'honneur sauf

Le pouvoir marocain vient de gagner une nouvelle bataille contre la libre pensée et la liberté d'expression. Je demeure optimiste sur l'incapacité du pouvoir marocain à gagner une guerre qui refléte son désir de maintenir les marocains dans le joug de l'ignorance et son incapacité à accepter une opinion contradictoire d'autant plus qu'elle démasque sa corruption, sa mauvaise gestion et son absolutisme. Néanmoins, ce n'est pas sans une certaine amertume et un profond regeret que j'apprends le départ de Boubker Jamaï de la direction du Journal. Pour ma génération, spectatrice des résurgences des années de plomb et témoin souvent très enthousiaste de la désormais défunte ouverture politique, Jamaï et le Journal incarnaient plus qu'une presse. Ils matérialisaient le Maroc possible, un Maroc qui découvre sans complexe son Histoire, qui tente d'en finir avec les démons de la pensée unique et de la répression, un Maroc qui prend conscience des possibilités de ses enfants, bref un Maroc qui sort étourdi du coma profond danslequel un régne prolongé et étouffant l'avait prolongé. Je me rappelle les années de ma jeunesse, où je découvrait fasciné -grâce en grande partie au Journal- les récits sur les putshs militaires, des personnalités jusque là ignorées dans les médias et l'hagigraphie officiels, un nouveau discours sur une nouvelle structure politique où le Roi n'aurait pas la préseéance. Pour ma génération, où les médias étaient strictement contrôlés, où la parole libre était impossible en dehors de l'université et des cercles militants, où les nouvelles techniques étaient à leurs premiers balbutiements, le Journal, mais aussi et à moindre mesure Tel quel ou Demain, étaient nos fenêtres d'opportunité pour un autre discours, une nouvelle vision de ce que pourrait être la politique ou la société. Ce n'est pas sans condescendance et ironie que je me rappelle le jeune homme que j'étais, tenant sur la terrasse d'un café un numéro du Journal parlant de la disparition de Ben Barka et tremblant secrètement devant les regards qu'il croyait insistants de la part de ses voisins et de ce qu'il considérait comme une hardiesse, voire une témérité.
Sans être exessivement idyllique, le parcours du Journal et de son directeur n'en a pas moins été emblématique de ce qui est aujourd'hui dénommé la Presse indépendante. Se trompant parfois de combats, déclinant des vues parfois non compatibles avec les miennes, trop libéraux à mon goût, je n'en continuais pas moins d'en respecter l'intégrité, la cohérence et le courage devant les coups bas du pouvoir et ses vassaux.
Jamaï s'en ira peut être, pour mieux revenir. Sa place est au Maroc. Le Maroc a besoin de ses semblables, et je lui reconnaît assez de courage pour ne pas plier devant le règne de la médiocrité et la flagornerie. Il est parmi les rares derniers hommes respectables dans un royaume qui ne sait plus en engendrer ou plus retenir..

9 commentaires:

Ibn Kafka said...

Tu as raison de rappeler le passé: je me rappelle, adolescent à la fin des 80's, comment Al Bayane passait pour le joyau de la presse quotidienne et comment je me précipitais chez le marchand de journaux pour acheter Libération (USFP), alors hebdomadaire...

Jamaï, un homme debout!

AbMoul said...

Faut voir le niveau de libération aprés sa reprise par Lyazghi. Un Le Matin à la sauce prétendument de gauche..

mahdispotnik said...

je ne serai pas si dur avec le pouvoir en place du moment ou eux c'est nous...

Jam3i est le journaliste avec un grand J..

Ibn Kafka said...

Libé aujourd'hui, ainsi qu'une bonne partie de la presse marocaine, me fait penser à ce (très) bon mot de Pierre Desproges: "achetez Le Figaro, et vous aurez deux oeuvres de Sartre pour le prix d'un journal, La nausée et Les mains sales...". Il suffit de lire le blog de Mme El Gahs (www.talhimet.com )...

Anonymous said...

tu m'apprends un truc là Ibn Kafka
c'est madame el gahs ?

dites moi pas que c pas vrai ?

je lisais son blog, je la trouvais (trop) optimiste. je comprends mieux
merci pour l'eclairage

Ibn Kafka said...

anonyme: N'étant ni adoul, ni proche parent des deux personnes concernées, je n'en suis pas sûr à 100%. Je le tiens de seconde main. Ce que je sais, c'est qu'ils ont travaillé ensemble à Libération et qu'ils sont sur la même longueur d'onde idéologique, ce qui rend très crédible cette information, d'une source également crédible.

AbMoul said...

J'avais cru que Mme. Talhimet avait quitté Libération. Pour Lgahs, hormis son extrémisme vis à vis des islamistes, je crois savoir que c'est l'un des rares membres du gouvernement qui ont amorcé des actions concrétes et efficaces. Il a un peu baissé de régime ces derniers temps, mais son action demeure, comparativement aux autres ministres, assez honorable. De toutes les manières, je le préfererais à Lyazghi à la tête de l'USFP..

Anonymous said...

Bonsoir,

C'est par pur hasard que je suis tombée sur votre billet. Bien que je ne partage pas totalement votre point de vue, je le trouve touchant parce que sincère.
Je vais donc être honnête et sincère avec vous: Ibn Kafka , un juriste, me cite non pas en tant que personne , bloggueuse ou journaliste, mais en tant qu'"épouse de..." en citant une source anonyme mais crédible selon lui. Si son commentaire s'était arrêté à ce point précis je ne me serais pas permis de violer votre espace de liberté.
Non, l'intervenant renvoie vos lecteurs à mon blog personnel. Ce n'est pas juste et pas très correct d'un point de vue éthique. Le vie privée d'une personne, qu'elle soit publique ou autre, ne devrait pas être balancée comme "ça" sur internet.
Amina TALHIMET

Anonymous said...

Bonsoir,

C'est par pur hasard que je suis tombée sur votre billet. Bien que je ne partage pas totalement votre point de vue, je le trouve touchant parce que sincère.
Je vais donc être honnête et sincère avec vous: Ibn Kafka , un juriste, me cite non pas en tant que personne , bloggueuse ou journaliste, mais en tant qu'"épouse de..." en citant une source anonyme mais crédible selon lui. Si son commentaire s'était arrêté à ce point précis je ne me serais pas permis de violer votre espace de liberté.
Non, l'intervenant renvoie vos lecteurs à mon blog personnel. Ce n'est pas juste et pas très correct d'un point de vue éthique. Le vie privée d'une personne, qu'elle soit publique ou autre, ne devrait pas être balancée comme "ça" sur internet.
Amina TALHIMET