Wednesday, December 27, 2006

Happy New Year, Aid Moubarak

À mes patients lecteurs, je souhaites une joyeuse fin d'année et une nouvelle année porteuse de plus d'espoirs et d'optimisme. Assez rare pour ne pas être relevé, cette fin d'année coïncide avec Aid a-Aldha. Pour les musulman d'entre vous, je vous souhaite un joyeux Aid. Selon les affinités, je vous recommande de n'abuser ni de Champagne ni de Boulfaf.
Si vous êtes, par ailleurs, assez maso pour passer cette fin d'année un livre entre les mains, je me permets de vous recommander mes deux livres de chevet pour ces dernières semaines.
Actualité oblige, "Qu'est ce que le Shi'isme" de Christian Jambert et Mohamed-Ali Amir-Moezzi est un livre qui se fixe pour dessein de "vulgariser" de façon objective la deuxième- en nombre de fidéles- doctrine de l'Islam. Si je ne suis qu'un néophyte en la matière et que je ne peux juger de l'objectivité de l'oeuvre, je noterais que la réputation de Jambert et l'origine iranienne du co-auteur pourraient épargner à ce livre l'étiquette de travail orientaliste tel que l'on a tant décrié. Si je cherchais une vulgarisation sommaire de que c'est le shi'isme les auteurs sont heureusement allés au delà de cette aspiration présentant l'évolution historique et théologique de la doctrine shi'ite depuis l'avènement du premier Imam Ali jusqu'à la consécration de l'école rationaliste qui culmina avec la révolution de Khomeyni. La conclusion, très suggérée par les auteurs, que je tire de ce travail et de mon premier contact avec la doctrine Shiîte, c'est que , paradoxalement, c'est l'effort de rationalisation des théologiens shi'ites orphelins du dernier Imam, qui a transformé la doctrine shi'ite d'une "religion" individuelle, initiatique voire ésotérique vers une doctrine aux bases juridiques avec une prééminence d'un clergé qui ne trouve aucune base dans les traditions initiales et un abandon par ce même clergé du quiétisme traditionnel pour une prise de position politique consacrée par la prise de pouvoir dans le plus grand État Chi'ite. Si l'on peut s'interroger sur l'influence du christianisme tel que institutionnalisé par Saint-paul sur cette évolution ou sur les bienfaits ou méfaits de cette même évolution, il demeure que la question, à la lumière de la situation politique de la région, continue à secouer le microcosme chi'ite qui nous est tant inconnu. Je noterais aussi l'emphase que le livre, en terme d'entrée en matière, met sur l'apport de la philosophie Chi'ite dans la philosophie islamique en commençant par les traditions des Imams, en passant par les écrits d'Al-Farabi et Ibn-Sina, ceux Ismaéliens et d'Ikhwane Assafa en terminant avec des philosophes contemporains Chi'ites ou d'influence Chi'ites tels Ali Chariati ou Mohamed Iqbal.
Bref, aussi intéressant, ce livre pose plus de questions qu'il en apporte de réponse.

Toujours concernant la rationalité avec laquelle je dois décidément avoir des problèmes ces derniers jours, le second que je vous propose et que je n'ai pas encore commencer est une critique acerbe de la rationalité occidentale. Écrit par John Saul, philosophe et essayiste canadien, "les bâtards de voltaires" me fut révélé grâce à des travaux sur la prise de décision et l'efficacité de l'approche rationnelle dans notre monde contemporain. Pour l'anecdote, et pour vous révéler combien l'auteur tient en mépris la rationalité telle que prophétisée en occident, je dus assister à une conférence donnée par l'auteur. Après près d'une demi-heure de retard et s'impatientant de l'absence de l'auteur, les organisateurs lui téléphonèrent et nous apprirent par la suite qu'il ne viendrait pas car il croyait que la date de la conférence était le même jour mais un mois plus tard! Autant vous dire que la conférence n'a jamais eu lieu..
Quant au livre, j'en parlerais probablement si j'arrive à bout de ses quelques 650 pages, contrairement à "l' homme sans qualités" que j'avoue honteusement avoir laissé tomber au milieu du premier tome...

Friday, December 22, 2006

Des salafistes Jihadistes poursuivis pour avoir..mangé le Ramadan!!

Décidément le Maroc se talibanise à grandes enjambées et ce sous la férule du régime et non pas d'un quelconque ras de marée islamiste. La logique du pouvoir doit se résumer à l'adresse du peuple à: "vous voulez les islamistes? pas la peine de voter pour eux. On va vous servir leur modèle, le zéle en plus". le bulletin Elaph, publie, en effet une information insolite: des détenus de la salafia jihadia à la prison de salé viennent d'être poursuivis pour..ne pas avoir fait le jeûne du Ramadan!! Ces détenus, traités, pour le moins de façon inhumaine et indigne d'un État qui se réclame démocratique, devraient, si leurs actes venaient à être confirmés, être réhabilités et relâchés avec des certificats de bonne conduite vu qu'ils étaient précisément détenus pour leur irrédentisme et leur conception rigide de la religion. Pour ma part, je déclare solonellement avoir renoncé à comprendre quoi que ce soit dans la stratégie du pouvoir.
Un petit mot sur Elaph, sachez que son propriétaire n'est autre que Othmane El Joubair, "libérale " saoudien s'il en est, et propriétaire de notre cher le Matin . Ce dernier dans un effort de modernisation vient d'adopter pour son site internet une charte qui ressemble à celle du Figaro, et de recruter des plumes qui passent pour irréverencieuses (zizi, laroussi..), sans pour autant gagner en crédibilité. Le schéma, à la saoudienne, du double discours, un destiné à la populace creux et insipide, et l'autre à l'extérieur libérale et réformateur, fait son petit bout de chemin dans l'espace médiatique Marocain.
Le Maroc commence de plus en plus à ressembler à l'Arabie Saoudite (Hachaq dixit ibn kafka, que j'adopte pour de bon), les pétrodollars en moins...

Thursday, December 21, 2006

De mystérieuses pressions étrangères derrières l'interdiction de "Nichane"??

Le bulletin électronique panarabe "Elaph" vient de consacrer une dépêche à la désormais "affaire" d'interdiction du magazine "Nichane". Je traduis certains passages de l'article:
" Une source gouvernementale bien informée a révélé que la décision d'interdiction est le résultat de "pressions étrangères", précisant que le Premier Ministre Jettou n'a "rien à voir avec la décision", même si elle est prise en son nom.. " plusieurs ministres du gouvernement n'étaient pas au courant de la décision et l'on apprise par les médias comme tous les autres citoyens". Il a par ailleurs précisé que :"des mains étrangères sont derrière cette affaire"".
Concernant la responsabilité réelle du Premier ministre et du gouvernement dans cette décision, il est, au Maroc, un secret de polichinelle que le gouvernement ne décide pas grand chose et ne se mobilise que sur ordre du palais ou ses commanditaires. Cependant, la source (crédible??) du correspondant d'Elaph au Maroc aurait pu avoir l'amabilité de nous éclairer encore plus sur ces "pressions étrangères" et ne pas nous laisser livrés aux conjectures. L'Arabie-Saoudite ? improbable vu que nos relations n'ont jamais été aussi mauvaises. Un service secret étranger qui aurait informé le Maroc qu'il était, à cause de cette publication, la cible de menaces d'attentats de la part de groupes extrémistes? Probable, même si le Maroc figure déjà en tête de liste des cibles arabe d'Al Qaéda. Le pouvoir pourrait chercher logiquement à minimiser les risques. Les investisseurs du Golf qui se ruent sur le juteux marché immobilier marocain et que l'on connaît si schizophrènes pour ingurgiter des hectolitres de whisky tout en prônant, pour plaire à leur concitoyens, le Jihad contre les infidèles? Que de supputations.
Quoi qu'il en soit, la question à laquelle je cherche vraiment une réponse, c'est combien sont payés sur l'argent du contribuable, nos vénérables Oulamas du "conseil supérieur des oulémas" pour roupiller pendants des années avant de nous sortir des communiqués aussi insipides??

Cachez-moi ces blagues dont je ne saurais rire

La prise de décision politique au Maroc demeure, malgré tous ce qui a été écrit sur le "Makhzen", un énigme que "la nouvelle ère" sensée inaugurer une nouvelle façon de concevoir et d'exercer le pouvoir n'a fait qu'épaissir. Aujourd'hui, le journal arabophone "Nichane" (ne cliquez pas sur le lien car il a été désactivé je ne sais par qui et en vertu de quelle décision judiciaire) a été retiré de la diffusion et deux de ses journalistes poursuivis par la justice pour avoir publié un dossier sur les blagues au Maroc et leur relation avec le trio sexe, religion et politique. Les poursuites et la décision d'interdiction ont été initiés par le Premier Ministre, en concordance avec le nouveau code de la presse, mais ne faisons pas trop de mystères en disant que la décision a été prise au plus haut échelon de l'État et que le premier Ministre, en fin de mandat et très indécis sur son avenir politique (alors qu'il se dit apolitique), n'a eu qu'un rôle d'exécutant. quels sont donc les soubassements et la logique derrière cette décision qui suscitera la polémique pour les mois à venir?
À l'approche des élections, le pouvoir est engagé dans une lutte contre les islamistes du PJD donnés favoris. Puisqu'il ne peut prôner une répression directe du fait de la légalité du parti, le pouvoir a adopté une stratégie qu'on peut nommer "latérale" dont la pertinence et la cohérence m'échappent quelques peu. Découvertes miraculeuses de cellules terroristes, campagnes de presses ciblées contre les élus locaux du PJD, encouragement de manifestations culturelles auxquels le parti a toujours été hostile, et pour finir récupération du créneaux politiques et du socle idéologique du parti. Cette dernière stratégie, a été matérialisée par différentes initiatives dont la plus désarçonnante fut la réaction du Maroc par rapport aux propos du Pape en retirant son ambassadeur. Même pas une politique de la carotte et du bâton, la stratégie consiste à miner le travail de terrain du parti et ne pas lui laisser la latitude d'investir ses créneaux politiques porteurs que sont la défense de l'Islam. Or, cette stratégie confine au mieux à de la schizophrénie et au pire aux prémices d'un pouvoir en crépuscule et dépourvu de toute vision stratégique. Car comment peut-on se présenter vis à vis de l'extérieur en tant que champion de la tolérance et la modération et emprunter les pires méthodes des autocraties, comment transformer une partie du pays en un paradis touristiques synonyme d'occidentalisation et servir au reste de la population un discours fondamentaliste voire intégriste.
Si je n'ai pas une sympathie particulière pour "Nichane" ou "TelQuel" dont j'ai toujours désapprouvé la ligne éradicatrice vis à vis précisément des islamistes et leur propension à archaïser certaines traditions sociales (telle la famille ou le marriage) qui demeurent la dernière ligne de défense de notre société devant la globalisation de l'économie et des esprits et devant la corruption et la démission sociale du pouvoir, il ne m'est jamais venu à l'idée que l'interdiction ou la persécution seraient la réponse à leur rétorquer. Je conçois que le dossier puisse choquer une partie de la population marocaine, chose que le directeur de la rédaction a reconnu et a fait amende honorable en présentant ses excuses aux lecteurs qui se sont sentis choqués, cependant je n'acceptes pas qu'une personne quelques soient ses idées, soit empêchée de s'exprimer et poursuivies pour ses idées.
Cette polémique est la preuve pour ceux qui ont adopté une attitude autiste, que la transition démocratique et le nouvelle ère ne sont qu'une cruelle illusion. Le pouvoir marocain n'a jamais été aussi incohérent, aussi inconsistant qu'aujourd'hui..
Ps: je suis très curieux de connaître la position des "modernistes" et de la gauche Go-Go (Berraoui, Hachmi-Idrissi,benabdellah, Ayouch, Naïm..) par rapport à ces événements. Je gage qu'on va encore, pour cetains, assister à un dépassement de soi dans la flagornerie et l'explication de l'absurde.

Wednesday, December 20, 2006

Je pense, donc je ne suis pas Blair!

Les responsables politiques occidentaux sont souvent des gens sensés lorsqu'il s'agit de traiter de leurs problèmes internes. Par contre, quand ils commencent à parler proche-orient ils peuvent proférer des absurdités qu'on ne saurait expliquer par une calamiteuse ignorance ou une parfaite mauvaise foi. Si M. Blair disait par exemple "la Grande-Bretagne étant en période de forte croissance économique, on va diminuer les taux d'intérêt à 0%", les économistes moqueraient son incompétence et on lui demandera d'aller garder ses enfants. En tournée pour "la paix" au proche-orient, M. Blair vient de commettre une de ces incongruités qui lui ont assurées sa place dans le panthéon des hommes politiques britanniques les plus stupides en matière de proche-orient. Il a, en effet, déclaré qu'"il est possible d'arriver à une paix au proche-orient sans la Syrie". Pour une idée de génie, c'en est bien une. Voyons voir : Israél peut restituer le plateau occupé du Golan aux États Fédérés de Micronésie (ce pays dont je n'en connaissait pas l'existence jusqu'à ce qu'il commence à voter pour Israél à l'assemblée générale de l'ONU et qui fait partie de la coalition internationale qui a "libéré" l'Iraq) et on en parle plus. Ou pour le prendre au mot, une campagne de libération de la Syrie à l'iraqienne et de Syrie on n'entendra plus parler. On saura que la Syrie n'a jamais était la Syrie, mais des communautés Alaouites, Sunnites, Chaldéens, Assyriens, Kurdes..qui ne s'aiment pas et s'entre-égorgent par simple haine raciale. La paix sera assurée pour des siècles. Ah ! si certains pourraient mourir de stupidité!!
PS: Ce n'est nullement une défense du régime de Bachar le fils du pére que je ne perçoit que comme ce qu'il est. Une dictature, sanguinaire, sectaire, voire familiale.

Friday, December 15, 2006

Leçon de démocratie

La Grande-Bretagne vient d'abandonner des poursuites contre des membres et des proches de la famille régnante saoudienne dans une affaire de grande corruption relative à des ventes d'armes (des contrats qui se chiffrent à des milliards de dollars). L'un des principaux accusés et considéré comme le prête nom et l'intermédiaire du prince Sultan puissant ministre de la défense saoudien et sénile prince héritier du royaume, n'est autre qu'un richissime ministre libanais appartenant à la coalition gouvernante au Liban soutenue par l'occident et l'Arabie Saoudite, et donc constituées de dévots démocrates. La raison invoquée aussi bien par le procureur du royaume que par les personnalités politiques à leur tête Blair, est assez amusante et rappelle les républiques bannaniéres et les monarchies pétrolières. Alors que l'opinion britannique est accaparée par la sinistre affaire du tueur en série de prostituées, les responsables politiques et les gardiens de loi ont prétexté que l'affaire de corruption allait porter atteinte aux intérêts supérieurs de la nation britannique. L'Arabie Saoudite ayant, en effet, menacé de mettre fin à un juteux contrat (près de 10 milliards d'euros) d'avions de chasse si les poursuites devaient continuer.
Désormais, lorsque M. Blair nous fera des leçons de démocratie et affirmera soutenir M. Seniora par vocation démocratique, on sera certainement très attentifs et surtout très réceptifs!

Thursday, December 14, 2006

Le cas Bziz



L'humoriste marocain Ahmed Snoussi (alias Bziz) a entamé une énième manifestation pour protester contre son interdiction sur le service public audiovisuel. Le cas de celui qui fut longtemps considéré comme le premier humoriste marocain commence sérieusement à confiner au ridicule. Bziz a été effectivement longtemps interdit d'antenne que ce soit sur la radio que sur la télévision nationale. Or ce qui se passe actuellement ne peut s'expliquer que par deux options: Soit les responsables de notre service public audiovisuel, et par ricochet les autorités publiques qui tirent les ficelles, sont toujours enfermés dans un esprit passéiste de vengeance et de persécution en interdisant toujours à l'artiste tout passge d'antenne. Une explication qui me paraît hautement implausible vu les changements et la libéralisation qui, sans révolutionner l'espace audiovisuelle l'a réellement rendu moins fermé à telle enseigne que les critiques auxquelles on assiste aujourd'hui sur nos ondes n'ont rien à envier à ceux qu'adressait Bziz du temps de sa gloire par cassettes interposées. La seconde option serait que Bziz s'est lui même enfermé dans un rôle de victime éternelle revoyant toujours à la hausse ses exigences et refusant tout compromis avec les responsables de la télé. Il n'est pas improbable que la persécution et l'interdiction prolongée ont eu des impacts sur la production artistique de Bziz et ont entamé sa capacité de créer et de faire rire. Des effets compréhensibles du fait qu'il était en tout temps obligé de livrer combat avec toutes les tracasseries ubésques et perdre ainsi de sa verve et de sa causticité. Se trouvant ainsi diminué dans ses qualités artistiques, l'artiste pourrait légitimement trouver refuge dans une confrontation perpetuelle avec les autorités à même de retarder au maximum son passage audiovisuel et faire oublier à son public la pauvrauté de sa production artistique durant les dernières années.

Une preuve à cette hypothèse qui essaye d'expliquer la position de l'artiste, en est son rattage complet de la révolution informationnelle. Il est étonnant de voir Bziz solliciter constamment un passage sur le service public (qui est soit dit en passant son droit le plus absolu en tant qu'artiste national) alors qu'il est très peu présent sur les nouveaux médiums de communications que sont devenus internet et les nouveaux médias qui se sont crées autour. Si l'ambition de Bziz est de faire parvenir son message et exposer son talent, il n'est pas sans savoir que son public potentiel -les jeunes- ne regardent quasiment plus les télévisions nationales et qu'Internet est devenu, pour la grande majorité, sa première source d'information et son premier moyen de distraction.

Bziz a été au devant du combat pour la liberté d'expression. Il en est devenu le symbole et l'éffigie. Le monde chageant, il est temps que cet artiste de grand talent change aussi au risque d'être englouti dans l'indifférence et l'oubli.

Sunday, December 10, 2006

To Hell, Pinochet...


À l'instar de nombreux chiliens, j'ai bu un verre (de biére faute de champagne!) en apprenant la mort du funeste dictateur chilien. Pinochet, en plus de son mépris pour la vie humaine, n'aimait décidément pas faire les choses comme les autres. Il avait choisi le 11 septembre pour faire (à l'aide et avec le soutien actif de la CIA) son coup d'État contre Allende qui mis fin au processus démocratique et qui engendra une des pires dictatures que connut l'amérique du sud. Il a aussi choisi le 10 décembre, journée internationale des droits de l'homme (Journée que je me suis retrouvé, par un drôle d'hasard, en train de commémorer dans une église de scientologie où j'ai farouchement résisté à une conversion forcée et où j'ai découvert que le Copyright faisait partie des droits humains fondamentaux!) pour nous débarasser de sa personne. Peu de gens regretteront la mort de ce dictateur sanguinaire. Sauf peut être ses victimes, leurs familles et leurs amis qui n'auront pas le reconfort de le voir payer ses crimes devant la justice des hommes. Puisse -t-il retrouver dans l'au-delà une autre justice (quelqu'en soit la forme) plus équitable.

Friday, December 08, 2006

Sévère, trop sévère, pas assez sévère???

14 détenus islamistes ont été condamnés à des peines d'emprisonnement (qui peuvent être considérées comme légères au regard de la main lourde de notre justice dans ce genre d'affaires) dans le cadre de l'affaire du Hizb Tahrir al-islami. Les personnes condamnées ne l'ont pas été parce qu'elles projetaient ou préparaient des attentas ou des actes de violence, mais en raison, selon l'acte d'accusation, de leur adoption d'une "philosophie [d'un]e parti interdit qui prône un califat islamique et tient des réunions secrètes". Clairement, le jugement se base sur les convictions idéologiques (dans ce cas religieuses) des condamnés se résumant à une remise en cause de la nature du régime politique sans pour autant user de la violence ou la prôner de façon explicite. Le cas de ces personnes peut, en somme, être comparé aux séparatistes sahraouis dans la mesure où ils mettent en cause l'un des socles du régime politique qui est la monarchie dans sa configuration actuelle. Cependant, force est de constater que la sanction est beaucoup plus sévère et les protestations, en attendant les réactions des organisations internationales de défense des droits de l'hommes, beaucoup plus timides que lors des procès des indépendantistes sahraouis ou ceux des sympathisants de l'Adl Wal Ihssane.
Ce qui a fait entré ce procès et les sentences qui en ont découlées dans le cadre d'une quasi-normalité, relève de plusieurs facteurs interdépendants:
- Tout d'abord, l'arrestation du groupe, qui prône une idéologie islamiste dont la nature violente est toujours sujette à la controverse, a été concomitante ou proche dans le temps avec l'arrestation d'autres groupes se réclamant, selon les actes d'accusations, de la doctrine jihadiste violente. Ansar al-Mahdi ou le groupe Tawhid Wal jihad, sont des groupes qui, selon toute vraisemblance et toujours selon les affirmations des autorités, se positionnent dans une mouvance mondiale qui prône un combat armé contre l'occident et les régimes musulmans en place. Un combat qui a culminé avec les tristes attentats du 16 mai et la purge qui les a suivie. L'arrestation de l'antenne du Hizb Tahrir a été dilué dans cette masse d'information concernant des arrestations récurrentes et des complots présumés se succédant de telle sorte que l'opinion publique n'est plus intéressée par connaître l'idéologie exacte de chaque groupe ou ses moyens d'actions. La mouvance islamiste affiliée à des structures supra-nationales est systématiquement associée, parfois à tord et souvent à raison, à des actions violentes et à des idées intruses ne correspondant pas aux idées jusque là défendues par les islamistes "nationaux". Dans ce contexte, il est intéressant de relever qu'aussi bien le traitenment judiciaire que médiatique des cas de poursuites contre des militants de l'association Al Adl Wal Ihssane est diamétralement opposé à celui dont a fait l'objet le groupe en question. Ces poursuites sont souvent inscrites et traitées par les médias dans le cadre de frictions politiques dont la promiscuité des élections législatives et l'intransigeance de l'association Al Adl Wal Ihssane ne sont pas étrangères et les sanctions judiciaires sont souvent beaucoup plus lègère. Ceci étant, et hormis l'assise populaire plus large dans le cas du groupe de Yassine, les méthodes d'actions et de propagande des deux groupes sont quasiment identiques.
- Le second facteur qui , à mon sens , a gouverné la sévérité de la sentence et le peu d'intérêt de l'opinion publique tient pour une part à l'appréhension des autorités par rapport à l'idéologie du parti et de l'autre de l'ignorance de l'opinion publique d'une structure dont les idées lui sont nouvelles. Le Hizb Tahrir Al-Islami a été crée au début des années 50 par un palestinien Taki-Eddine Nabahani. Le parti selon la BBC, "professe la non-violence et appelle au retour des pays musulmans vers le Califat système qui existait avant la colonisation occidentale" . Tout en rejetant la notion de clergé, le parti milite pour une théocratie dont les lois seraient conformes à la Chariâ et s'inspire dans son modèle économique d'éléments socialistes tout en affirmant la prédominance de l'Islam sur le capitalisme ou le communisme. Concernant ses relations avec les autres religions le parti appelle à "une nouvelle ére de paix entre les chrétiens, les musulmans et les juifs au moyen-orient". Le parti a d'ailleurs condamné les attentats du 11 septembre les qualifiant de contraires à l'Islam. Concernant sa méthodologie pour achever ses objectifs, le parti poursuit une stratégie de l'entrisme. À travers la déssimination et une propagande parmi la population, le parti cherche à s'assurer un soutien populaire et ensuite infiltrer les organes de l'État afin de faciliter l'instauration du système prôné. Clairement, tout en rejetant -du moins au niveau de la profession de fois- la violence, le parti exclut toute participation au système politique en place et se fixe pour objectif le changement des régimes. Ce radicalisme n'a pas été sans lui faire subir une répression, parfois sauvage, dans tous les pays musulmans. Le parti est, en effet, interdit dans tous les pays musulmans et dans certains pays occidentaux. En Grande-Bretagne, par exemple, les autorités avaient envisagé de l'interdire avant de se retracter par crainte de le pousser à la clandestinité. Par contre, en allemagne, le parti a été interdit en partie en raison de ses positions jugées anti-sémites. En conclusion, le Hizb Tahrir s'inscrit dans la mouvance des partis islamistes traditionnels avec la particularité de prôner le retour de la califat, mais tout en affirmant rejeter la violence pour y parvenir. Une position qui ressemble très fortement à celle de l'Adl Wal Ihssane avec plus de dissimulation et d'entrisme, ce qui pose la question de la tolérance des autorités vis à vis des premiers et la répression contre les derniers.
Si on en vient au fond de la problématique, il est légitime de se demander si les prévenus n'ont pas été simplement condamné pour des délits d'opinion (des opinions avec lesquels on peut évidement être ou pas d'accord). La liberté d'expression, au Maroc, est encadrée par des lignes rouges que sont la monarchie, l'intégrité territoriale et la religion. Indéniablement, l'action des condamnés, quand bien même elle était non-violente, transgressait un des interdits en professant le changement du régime. Cependant, ces lignes rouges ne sont pas reconnues par les organisations internationales des droits de l'hommes qui considèrent toute atteinte au droit d'opinion comme une atteinte aux droits humains. Ces organisations et durant les décennies 60 et 70 ont toujours considérées les détenus de l'extrême gauche qui militaient pour le changement du régime et les détenus indépendantistes sahraoui, comme des detenus d'opinions. Un e position que l'État, après des décennies de drames humains et des millions de dirhams d'indemnisations, a finalement reconnu instaurant, en quelque sorte, une jurisprudence voulant qu'il est permis (même parfois opportuniste pour occuper un poste de responsabilité genre président du CCDH!!) de questionner la nature du régime politique du moment que cette expression est pacifique. Il est plus que prouvé que la répression n'a que peu d'incidence sur la propagation des opinions quelqu'en soit la nature. L'effet recherché est souvent contraire à l'effet constaté. Ce que les responsables se sont évité de se poser c'est les raisons qui poussent les gens à rechercher des solutions étrangères à leur réalité et aussi utopiques que surannées. Privilégier la répression sans débat ni contradiction est le meilleur moyen, surtout si les idées sont exprimées pacifiquement, de pousser les gens à plus d'extrémisme.

Friday, December 01, 2006

Mouna Naïm et les Gemayel

Lorsqu'on lis sur les médias écrits occidentaux des sujets politiques traitant de sujets proche-orientaux, on est parfois et même souvent, frappé par les inexactitudes et les approximations faites par des journalistes dits experts en ces questions et qui ont pour la plupart passé des périodes assez longue dans les pays dont ils assurent la couverture. Ceci sans parler de la mauvaise foi et du parti pris flagrant pour un des billigérants (et souvent le même) de cette région que l'on aime croire compliquées et rétives aux critères de pensée occidentale. L'accusation de "pro-palestinialité" adressée aux médias français, à titre d'exemple, me fait sourire. Si la simple couverture des événements du proche-orient qui parlent d'eux-même tellement il est difficile d'éluder la réalité d'occupation et d'expansionnisme israélien, constitue en soi une preuve de partialité, les médias français toutes catégories confondues semblent avoir retenues la leçon de Fienkelkrut et consort et limitent désormais leur couverture au stricte minum informationnel quand ils n'épousent pas la ligne diplomatique du Quay d'orsay (en fait celle personnelle de Chirac). Par exemple, C dans l'aire, émission de "vulgarisation" politique a poussé la vulgarisation jusqu'à adopter les thèses et le combat des forces de 14 mars une des parties en prise dans la crise libanaise. Ceci se traduit dans le choix des invités (il est totalement anti-professionnel de continuer à inviter antoine Sfeïr en tant que spécialiste indépendant, lui dont le positionnement politique ne souffre aucune nuance), les reportages rélisés sur place et la terminiologie utilisée qui reprend la phraséologie du même clan politique supporté par la diplomatie française sans offrir à l'autre partie l'occasion de s'exprimer ou de contredire les thèses avancées. Pour les médias audiovisuels français, lorsqu'il s'agit de traiter de la crise actuelle du Liban, la neutralité et l'objectivité devront repasser.

Si on en vient aux médias écrits, prenons au hasard un article du journal le Monde considéré en hexagone comme une institution dont le respect des normes professionnelles sont difficilement questionnables sans être traité de paria, et essayons de relever les inexactitudes et le parti pris susceptibles de se manifester lorsqu'on opére une présentation de faits historiques touchant un sujet du moyen-orient et donc difficilement falsifiables.

1. Dans sa présentation de l'arrière grand-pére du ministre assassiné, Mouna Naïm d'origine liabanaise et qu'on peut soutenir rien que pour la campagne dont elle a fait l'objet pour sa couverture, toujours jugée par le lobby pro-israélienpartiale de la seconde intifada, ne s'empêche de relire l'histoire avec le dessein de dresser une image idyllique d'une famille (les Gemayel en l'occurence) dont la genése de son martyre se situe dans son attitude depuis toujours pro-française. Elle affirme, en effet, qu'Amine Gemayel grand-pére de son homonyme et ancien président libanais avait émigré en Egypte où est né Pierre Gemayel fondateur du parti Phalangiste, en raison de ses relations priviligiées avec les consuls français. Or selon Alain Ménargues dans son "les secrets de la guerre du Liban" (ce livre est à mon avis partial et hagiographique vis à vis de bachir Gémayel et mérite, malgré l'abondance de ses sources, une lecture pas mal critique), c'est tout le contraire qui est vrai. Le patriarche avait émigré en Egypte à cause de son opposition au mandat français malgré sa francophilie. Une position qui sera reprise par son fils.

2. Dans sa présentation de l'incident d'Aïn Remmanah qui fut l'étincelle qui déclencha la guerre civile, Naïm avance la thèse phalangiste selon laquelle les Fedaiyines palestiniens étaient derriére la tentative d'assassinat de pierre Gemayel. Thèse jamais prouvée, il est vrai, à l'instar de nombreux assassinats politiques au Liban dont les commanditaires et les exécutants n'ont jamais été démasqués.

3. La même thèse est reprise pour l'assassinat de la jeune fille de Béchir Gemayel. Cependant la vraissemblance de cette thèse est à cet époque beaucoup plus contestable. Mouna Naïm en présentant l'accension de Bechir Gémayel comme l'homme fort du camp chrétien au Liban, passe trés sommairement sur les conflits inter-chrétiens dont l'assassinat du fils de Souleiman Franjié et sa famille et l'exile du fils de kamil Chamoune en constituaient le proxisme et qui valurent au jeune leader chrétien des haines féroces aussi bien dans le camp palestinien que parmi de ses coreligionnaires.

4. Pour terminer, la journaliste n'adresse aucune critique objective sur le période de présidence d'Amine Gémayel caractérisée par une corruption généralisée, des exactions massives et durant laquelle la guerre civile avait atteint l'apogée de son horreur en partie à cause de l'intransigeance de l'ancien président. Le racisme primaire anti-palestinien et anti-syrien de l'ancien président élu puis assassiné, n'est pas évoqué susceptible qu'il est d'entacher l'image idyllique que la journaliste essaie de dresser de cette honorable famille.

Cet échantillon, encore que la journaliste est parmi ceux qui possédent une bonne connaissance du sujet de part son héritage culturel, nous donne un assez bon enseignement sur le parti pris des médias français en faveur d'un clan et en concordance avec la politique officielle du pays. Je ne vous ferez pas subir les horreurs et les mensonges effrontés de la presse américaine. A lire ces plumes (genre Thomas Fredman), le non regretté Bachir Gémayel, seigneur de guerre impitoyable et bourreau de Tall-Zaatar n'est rien moins qu'un martyre de la liberté et de la tolérance.