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détenus islamistes ont été
condamnés à des peines d'emprisonnement (qui peuvent être considérées comme
légères au regard de la main lourde de notre justice dans ce genre d'affaires) dans le cadre de l'affaire du
Hizb Tahrir al-islami. Les personnes condamnées ne l'ont pas été parce qu'elles projetaient ou préparaient des attentas ou des actes de violence, mais en raison, selon l'acte d'accusation, de leur adoption d'une "
philosophie [d'un]e parti interdit qui prône un califat islamique et tient des réunions secrètes". Clairement, le jugement se base sur les convictions idéologiques (dans ce cas religieuses) des condamnés se résumant à une remise en cause de la nature du régime politique sans pour autant user de la violence ou la prôner de façon explicite. Le cas de ces personnes peut, en somme, être comparé aux séparatistes
sahraouis dans la mesure où ils mettent en cause l'un des socles du régime politique qui est la monarchie dans sa configuration actuelle. Cependant, force est de constater que la sanction est beaucoup plus
sévère et les protestations, en attendant les réactions des organisations internationales de défense des droits de
l'hommes, beaucoup plus timides que lors des
procès des indépendantistes
sahraouis ou ceux des sympathisants de
l'Adl Wal Ihssane.
Ce qui a fait entré ce procès et les sentences qui en ont découlées dans le cadre d'une quasi-normalité, relève de plusieurs facteurs interdépendants:
- Tout d'abord, l'arrestation du groupe, qui prône une idéologie islamiste dont la nature violente est toujours sujette à la controverse, a été concomitante ou proche dans le temps avec l'arrestation d'autres groupes se réclamant, selon les actes d'accusations, de la doctrine jihadiste violente. Ansar al-Mahdi ou le groupe Tawhid Wal jihad, sont des groupes qui, selon toute vraisemblance et toujours selon les affirmations des autorités, se positionnent dans une mouvance mondiale qui prône un combat armé contre l'occident et les régimes musulmans en place. Un combat qui a culminé avec les tristes attentats du 16 mai et la purge qui les a suivie. L'arrestation de l'antenne du Hizb Tahrir a été dilué dans cette masse d'information concernant des arrestations récurrentes et des complots présumés se succédant de telle sorte que l'opinion publique n'est plus intéressée par connaître l'idéologie exacte de chaque groupe ou ses moyens d'actions. La mouvance islamiste affiliée à des structures supra-nationales est systématiquement associée, parfois à tord et souvent à raison, à des actions violentes et à des idées intruses ne correspondant pas aux idées jusque là défendues par les islamistes "nationaux". Dans ce contexte, il est intéressant de relever qu'aussi bien le traitenment judiciaire que médiatique des cas de poursuites contre des militants de l'association Al Adl Wal Ihssane est diamétralement opposé à celui dont a fait l'objet le groupe en question. Ces poursuites sont souvent inscrites et traitées par les médias dans le cadre de frictions politiques dont la promiscuité des élections législatives et l'intransigeance de l'association Al Adl Wal Ihssane ne sont pas étrangères et les sanctions judiciaires sont souvent beaucoup plus lègère. Ceci étant, et hormis l'assise populaire plus large dans le cas du groupe de Yassine, les méthodes d'actions et de propagande des deux groupes sont quasiment identiques.
- Le second facteur qui , à mon sens , a gouverné la
sévérité de la sentence et le peu
d'intérêt de l'opinion publique tient pour une part à l'appréhension des autorités par rapport à l'idéologie du parti et de l'autre de l'ignorance de l'opinion publique d'une structure dont les idées lui sont nouvelles. Le
Hizb Tahrir Al-Islami a été crée au début des années 50 par un palestinien
Taki-Eddine Nabahani. Le parti selon la
BBC, "
professe la non-violence et appelle au retour des pays musulmans vers le Califat système qui existait avant la colonisation occidentale" . Tout en
rejetant la notion de clergé, le parti milite pour une théocratie dont les lois seraient conformes à la
Chariâ et s'inspire dans son modèle économique d'éléments socialistes tout en affirmant la prédominance de
l'Islam sur le capitalisme ou le communisme. Concernant ses relations avec les autres religions le parti appelle à "
une nouvelle ére de paix entre les chrétiens, les musulmans et les juifs au moyen-orient". Le parti a d'ailleurs condamné les attentats du 11 septembre les qualifiant de contraires à
l'Islam. Concernant sa méthodologie pour achever ses objectifs, le parti
poursuit une stratégie de l'entrisme. À travers la
déssimination et une propagande parmi la population, le parti cherche à s'assurer un soutien populaire et ensuite infiltrer les organes de
l'État afin de faciliter l'instauration du système prôné. Clairement, tout en
rejetant -du moins au niveau de la profession de fois- la violence, le parti exclut toute participation au système politique en place et se fixe pour objectif le changement des régimes. Ce radicalisme n'a pas été sans lui faire
subir une
répression, parfois sauvage, dans tous les pays musulmans. Le parti est, en effet, interdit dans tous les pays musulmans et dans certains pays occidentaux. En
Grande-Bretagne, par exemple, les autorités avaient envisagé de l'interdire avant de se
retracter par crainte de le pousser à la clandestinité. Par contre, en
allemagne, le parti a été interdit en partie en raison de ses positions jugées
anti-sémites. En conclusion, le
Hizb Tahrir s'inscrit dans la mouvance des partis islamistes traditionnels avec la
particularité de prôner le retour de la califat, mais tout en affirmant
rejeter la violence pour y parvenir. Une position qui ressemble
très fortement à celle de
l'Adl Wal Ihssane avec plus de dissimulation et d'entrisme, ce qui pose la question de la tolérance des autorités vis à vis des premiers et la
répression contre les derniers.
Si on en vient au fond de la problématique, il est légitime de se demander si les prévenus n'ont pas été simplement condamné pour des délits d'opinion (des opinions avec lesquels on peut évidement être ou pas d'accord). La liberté d'expression, au Maroc, est encadrée par des lignes rouges que sont la monarchie, l'intégrité territoriale et la religion. Indéniablement, l'action des condamnés, quand bien même elle était non-violente, transgressait un des interdits en professant le changement du régime. Cependant, ces lignes rouges ne sont pas reconnues par les organisations internationales des droits de l'hommes qui considèrent toute atteinte au droit d'opinion comme une atteinte aux droits humains. Ces organisations et durant les décennies 60 et 70 ont toujours considérées les détenus de l'extrême gauche qui militaient pour le changement du régime et les détenus indépendantistes sahraoui, comme des detenus d'opinions. Un e position que l'État, après des décennies de drames humains et des millions de dirhams d'indemnisations, a finalement reconnu instaurant, en quelque sorte, une jurisprudence voulant qu'il est permis (même parfois opportuniste pour occuper un poste de responsabilité genre président du CCDH!!) de questionner la nature du régime politique du moment que cette expression est pacifique. Il est plus que prouvé que la répression n'a que peu d'incidence sur la propagation des opinions quelqu'en soit la nature. L'effet recherché est souvent contraire à l'effet constaté. Ce que les responsables se sont évité de se poser c'est les raisons qui poussent les gens à rechercher des solutions étrangères à leur réalité et aussi utopiques que surannées. Privilégier la répression sans débat ni contradiction est le meilleur moyen, surtout si les idées sont exprimées pacifiquement, de pousser les gens à plus d'extrémisme.